Animaux
La nature, vivante et surtout pas morte

Le projet

Liste des auteurs

InsecteContexteAuteurLien
1 Moustique Aptenia Cordifolia Emms Texte
2 Guêpe Menthe - broderie Benoît Texte
3 Papillon jaune Fleur hibiscus rouge Gabrielle Texte
4 Coccinelle Opuntia ficus-barbarica Meriadek Texte
5 Sauterelle Bougainvilliers Pascal Texte
6 Libellule bleue Dentelaire du Cap Loriane Aquarelle en cours
7 Scarabée bleu Cactus 2 Gauthier En cours
8 Fourmi Plat tajine Nadia En cours
9 Bousier brun Cactus 4 Lucie En cours
10 Araignée Cactus 3 Gabrielle En cours
11 Libellule jaune Tbd Jean-Marc En cours
12 Mante religieuse Cactus 5 Olivier En cours
13 Mouche Fleur de paradis Gervaise En cours




Des petits êtres mécaniques sont mis en scène dans le monde vivant et illustrés par des textes originaux écrits par des auteurs différents.



Les textes

12 auteurs volontaires participent au projet Mecanat, et prêtent leur plume pour raconter leur histoire sur une créature imaginaire, et pourtant réelle. Pour alimenter leur imagination, ils reçoivent une représentation de l'insecte et le contexte naturaliste à développer.

Les aquarelles

Elles sont peintes dans un style figuratif, selon les règles des premiers aquarellistes naturalistes. Les textes peuvent être accompagnés de croquis, pris sur le vif, selon le style des explorateurs qui reportaient leurs découvertes dans des carnets.
La représentation des insectes amène un twist à cette tradition séculaire de l’aquarelle, qui fait écho à l’opposition littéraire (à fond existentiel) entre la mécanique et le monde vivant, l’imaginaire et le réel.





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Le moustique et les petites roses de soleil
30x26 cm, Emms 2020

Le moustique et les petites roses de soleil

Emms

A la première heure du jour, l’aquarelliste s’installa avec son carnet devant son sujet d’étude, une splendide Aptenia Cordifolia en pot.
C’était le bon moment, l’heure à laquelle les fleurs en forme de marguerites s’ouvraient les unes après les autres, en tâches roses sur un lit de feuilles vert cobalt. Il voyait déjà quels pigments utiliser, si jamais le dessin était à la hauteur.
Après une heure d’application, le dessin prenait forme sur la grande feuille du carnet quand un grésillement d’ailes vint interrompre le silence studieux. Un moustique venait de se poser sur la plante délicate, et entreprit de suçoter les pétales de verdure avec gourmandise.

« Cela est original, on ne peut plus dessiner tranquillement par ici » grommela l’aquarelliste sur l’herbe.
« Je signale que j’étais là le premier » rétorqua l’insecte.


Le crayon partit de travers sur la feuille, la situation était inédite. A bien y regarder, le moustique n’avait pas une taille normale, peut-être 4 fois plus grande. Mais surtout, il était fait de métal. Et il parlait.


« Est-ce que je vous ai piqué ? » hasarda la créature.
« Non, je ne crois pas », répondit anxieusement le peintre
« Tant mieux. Je craignais vous avoir offensé par ma répartie. Je ne me suis pas senti bien accueilli et je suis très à fleur de peau. Je propose que nous fassions connaissance. »
Silence, « J’aime autant que nous gardions nos distances. » Après un deuxième silence, il reprit en diversion « Avez-vous remarqué la délicatesse de ces fleurs fuchsias ?».
« Elles ne sont pas mes préférées. Je leur trouve un air – artificiel, pour ne pas dire plastique ! ».


En l’espace d’une seconde, le moustique s’était envolé. L’aquarelliste songeait immobile, planté devant la ficoïde qui s’ouvrait aux rayons dorés du matin.

« Un moustique ne vient jamais seul ».



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Pas cool la Guêpe !
30x26 cm, Emms 2020

Pas cool la Guêpe !

Benoît Minetti

Antoniella ! Ses amis à Naples l’appelaient la Vespa ! Il avait cru d’abord que sa taille fine (il en faisait presque le tour d’une seule main) était à l’origine de ce surnom. Aujourd’hui il pense que c’est plutôt à cause de la violence de son venin qu’on la désigne comme la Guêpe.
Ils avaient brûlé tous les deux d’une passion dévorante pendant les trois semaines qu’il avait passées dans la cité parthénopéenne et il se dit aujourd’hui qu’il aurait mieux fait, comme Ulysse, de s’attacher au mat du navire.
Moins d’une semaine après son retour à Casablanca il vient d’être crucifié par un whatsapp assassin « Vaffanculo ! » qui met un point final à son désir de la voir le rejoindre. Sur la terrasse au bord de la piscine il tend la main vers son Mojito et constate qu’une guêpe, justement !, est en train de se l’approprier. Il va la chasser quand il constate qu’il n’a pas affaire à un hyménoptère ordinaire : la bestiole est mécanique ! métallique ! inorganique !

Il ferme les yeux.

Il pensait que, dans sa marche inexorable vers le transhumanisme, l’homme ne tarderait pas à implanter dans le cerveau de ses enfants, dès leur plus jeune âge, des nano-télécommandes capables de piloter des petits drones qui, la spécificité et la plasticité étant, comme chacun sait, deux propriétés essentielles des réseaux neuronaux, ne tarderaient pas à devenir pour lesdits enfants de nouveaux organes, de nouveaux sens, aussi naturels pour eux que ceux dont la nature les a dotés.
Est-il possible que ce soit déjà le cas et qu’il ait vu de ses yeux l’organe artificiel d’un humain-augmenté en train de l’espionner ?
Il rouvre les yeux.
Plus de guêpe !
Et la glace pilée du Mojito a fondu transformant le breuvage en un sirop tiédasse.
Dégouté il va se servir une bonne rasade de Lagavulin et pense à l’Ecosse et à Kateri, cette charmante rouquine canadienne qu’il avait rencontrée dans le ferry vers l’île d’Islay l’été précédent. Ses amis ne la surnommaient-ils pas Wasp ? Il faut qu’il la whatsappe d’urgence !



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Le papillon jaune sur la fleur d’hibiscus rouge
30x26 cm, Emms 2020

Le papillon jaune sur la fleur d’hibiscus rouge

Gabrielle RIT

Son dernier spécimen était fin prêt.
Le vieil inventeur regarda d’un oeil rêveur le papillon jaune qu’il tenait entre ses doigts. Cela faisait des mois qu’il s’efforçait de traduire la beauté de ce papilio canadensis à travers des rouages et des écrous. Il venait tout juste de placer la pièce maître de ce papillon mécanique, des ailes qu’il avait négociées contre plusieurs services au vieux Arnold de la Tour, son meilleur ami grincheux de l’île d’à côté.
Il était temps. Il regarda par habitude sa montre à gousset sans voir l’heure et posa délicatement le papillon sur une fleur d’hibiscus rouge qui habitait son jardin. Le contraste entre les ailes jaunes du papillon et les pétales rouges sang de la fleur le saisit et marqua son esprit.
D’un geste minutieux, il appuya de la pointe de son minuscule tournevis sur la dernière sécurité qui immobilisait sa création et s’écarta de quelques mètres.
Les ailes du papillon commencèrent à bouger par soubresauts, caressées par le vent. Les rouages s’actionnèrent faisant lever les fragiles pattes de l’insecte. Animé d’une vie propre, le papillon testa ses appuis sur le pétale cramoisi, et s’approcha, gourmand, du centre de la fleur pour la butiner. Après s’être délecté de son premier nectar, le papillon prit son envol à la découverte du jardin, et du monde.
Ce moment était toujours particulier pour l’inventeur. L’extase de donner la vie à un petit être, et la déchirure de le voir quitter son atelier d’ingénierie après des mois de cohabitation. Pourquoi faisait-il tout ça ? Des mois de travail pour quelques minutes de fascination, cela en valait-il vraiment la peine ? Il avait la secrète ambition de peupler le monde de son imagination, que ses créations transportent de fleur en fleur une part de lui, à jamais. Lentement, il retourna à son atelier.



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Coccinelle MR-85
30x26 cm, Emms 2020

Coccinelle MR-85

Meriadek

La coccinelle MR-85, de la première génération, commençait à sentir ses batteries s’épuiser. Aussi s’affolât elle quand elle reçut l’avis neuro-typé de l’AdminSystem : « Nous clôturons le support étendu pour votre modèle. A partir du 21, il sera dé-commissioné. » Non mais sérieusement ! Retirée de la circulation ! Moi MR-85 ?
Elle alla voir alors une vielle amie Beetle-124, qui travaillait aux archives-log.
« Que puis-je faire pour supprimer la péremption ? »
« Il te faudra atteindre dans le désert la FleurSource qui ne s’ouvre que 3 jours par an, et lui permettre de déverrouiller ta date système. Ton voyage devrait durer une semaine pour arriver à temps. Prends ce GPS, il indiquera la position de la FleurSource. »

La voilà partie pleine d’espoir. Elle flotte sur une brise océane, concentrée sur le GPS à affichage Neuro-Smart. Petit point rouge sur une étendue bleue, elle ne se souvient pas avoir jamais franchi de telles distances. Il faut dire qu’elle est remontée à bloc.
« Le vent m’est favorable. En étendant mes ailes, je n’ai pas besoin de puiser dans la batterie et je devrais pouvoir compléter les dernières centaines de DMUNIs (Distance Mesurée Unité Norme Internationale) ». L’air salé la grise – « C’est bon pour mes batteries, je vais arriver dans les temps ».

Mais elle n’a pas vu les nuages menaçants et l’orage qui la fait tourbillonner. Elle atterrit sur le bateau de Jaki, étonné à la vue de cet étrange insecte. En la prenant dans le creux de sa main, il entend son message - « Laisse-moi repartir je t’en prie, vers ma mission méridien 45 parallèle 3e ». Grâce à la radio de son bateau, Jaki la lance sur le bon chemin.

- « Je vois maintenant le désert, pourvu que l’orage ne m’ait pas trop retardée. »
Là-bas, une tache jaune, brillante comme un soleil, fait vibrer de plus en plus fort le GPS de MR-85- « Beetle-124, j’ai gagné ! »
A bout de force, elle se laisse tomber dans les rayonnants et frais pétales de la fleur de cactus, s’irrigant de leur rosée, comme enveloppée, baignée par cette fontaine de jouvence.



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Retour maison …
30x26 cm, Emms 2020

Retour maison …

Pascal Mons

Rodolpho, le vieux criquet, enseignait les plantes à Emeraude, la jeune sauterelle écervelée.
« Regarde ce Bougainvillier. Où est sa fleur : les trois feuilles colorées, ou les minuscules marguerites à l’intérieur ? »
Avant qu’Emeraude comprenne, Rodolpho entendit un cliquetis, provenant d’une sauterelle, verte, mais aux pattes brillantes, posée sur une branche du bougainvillier grimpant vers la fenêtre. L’étrange créature voulait sauter, mais retombait sur sa feuille. Les deux insectes la rejoignirent et tentèrent de dialoguer.
Emeraude demanda « - Une étrangère ? »
Rodolpho, qui avait étudié au Caire, réfléchit :« - Les insectes n’ont aucune nationalité, mais viennent d’un continent, tels les frelons d’Asie.
- Une sauterelle asiatique ?
- Exactement, je lis sur son aile « made in China ». Une machine !
- Qu’est-ce qu’une machine ?
- Toute chose ne sortant ni d’un œuf ni d’un ventre. Souvent dangereuse, mais celle-ci semble inoffensive.»
Sotty avait échappé à la télécommande du maître, une interférence, ou une cyber-attaque ? Elle était programmée pour revenir automatiquement chez elle et la fenêtre était ouverte.
Rodolpho connaissait la mécanique, et Emeraude apportait son expertise informatique.
Sotty avait coincé une tige du bougainvillier dans une articulation, et le robot piétinait de son métal inoxydable cette belle plante, contrariant ainsi Rodolpho.
- Reprogrammons cette créature pour qu’elle redescende, mais auparavant, dégageons sa patte.
Avant qu’Emeraude réagisse, Sotty s’immobilisa.Rodolpho, expert en électromagnétisme, comprit vite que la batterie était déchargée. Emeraude, trouva un câble USB. Sotty était heureusement d’un modèle standard. Il fallait une nuit de charge.
Le lendemain, le cours de botanique reprit. Sotty avait disparu.
Emeraude s’interrogea « - Pourquoi fabriquer une fausse sauterelle pour escalader un vrai bougainvillier, plutôt que l’inverse, beaucoup plus fiable et moins gourmand en énergie ?»
Rodolpho s’épatait des progrès d’Emeraude à son contact.